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Sport et troubles menstruels chez les adolescentes

Nous allons parler des activités sportives et des troubles gynécologiques que certaines sportives peuvent rencontrer, comme l'aménorrhée.

L’objectif de cet article est d’identifier les outils permettant de reconnaître les troubles du cycle et de repérer les risques encourus par les adolescentes pratiquant du sport afin de leur proposer une prise en charge ciblée sur leurs besoins.


Contexte:


Les sportives suivant un entraînement intensif (+ de 20h/semaine) ont parfois un syndrome prémenstruel qui peut être un frein à la performance mais aussi des troubles menstruels, comme des aménorrhées, pouvant provoquer de graves troubles ostéoporotiques et la survenue de fractures de fatigue.

Par ailleurs chez quelques jeunes filles qui subissent un entraînement précoce on retrouve l’absence de règles primaires pouvant nuire à la croissance en provoquant un retard pubertaire. La mise en place de protections particulières est nécessaire.


Chez l’adolescente sportive, le trouble du cycle a une fonction de signe d’appel. Il peut être difficile de distinguer des irrégularités de cycle liées à l’immaturité de la triade de l'athlète féminine (voir plus bas).

Comme toutes les adolescentes, les sportives peuvent présenter des irrégularités du cycle menstruel. Ce sous-groupe est toutefois plus à risque en raison du déficit énergétique généralement associé. En effet, certaines de ces adolescentes restreignent leurs apports de manière volontaire pour atteindre des critères physiques exigeants, d’autres sous-estiment simplement les besoins caloriques que nécessitent leurs dépenses énergétiques élevées. Les troubles du cycle présentés par ces patientes ne sont que la pointe d’un iceberg constitué des divers composants du RED-S (Relative Energy Deficiency in Sports).



La Triade de l'athlète féminine:


La triade de l’athlète féminine implique l’interaction entre la fonction menstruelle, la disponibilité énergétique et la densité minérale osseuse. Lorsque l’équilibre entre ces 3 paramètres est rompu, la santé de l’adolescente est menacée. L’élément clé de cette triade est la disponibilité énergétique qui, lorsqu’elle est optimale, assure la santé menstruelle et la santé osseuse.

A l’inverse si elle est insuffisante, les répercussions peuvent aller d’une altération du cycle à une atteinte de la densité osseuse, voir jusqu’à l’ostéoporose dans les cas les plus sévères. Ces 3 paramètres peuvent être affectés à des degrés variables, simultanément ou individuellement, ce qui explique la multitude de présentations cliniques.

La prévalence de la triade est a priori sous-estimée, compte-tenu que le symptôme le plus fréquent est un espacement des cycles menstruels, souvent banalisé.

La dépense énergétique de ces jeunes athlètes est importante. Elle est en lien avec les besoins métaboliques de base, la croissance et l’activité physique elle-même. Lorsque l’apport calorique est inférieur à cette consommation, l’état de déficit énergétique est atteint. Pour certaines adolescentes, ce déséquilibre est involontaire et lié à une méconnaissance des besoins tandis que pour d’autres, sous la pression du milieu sportif notamment, la restriction devient volontaire, associant alors à la problématique du RED-S les enjeux spécifiques aux troubles du comportement alimentaire (TCA).


L’activité sportive est un facteur protecteur de la santé osseuse, lié à sa stimulation mécanique. Cependant à la puberté, l’hypoœstrogénisme, causé par le déficit énergétique ainsi que l’augmentation des hormones de stress, est à l’origine d’un retard de maturation squelettique et d’un déficit du pic de masse osseuse, généralement atteint à 19 ans chez les femmes. Les changements de la structure osseuse entraînent une augmentation du risque de fracture de stress immédiate et d’ostéoporose à l’âge adulte.



Que faire?


Augmenter la disponibilité énergétique est la priorité thérapeutique absolue. Il s’agit d’augmenter les apports caloriques et/ou de diminuer les dépenses énergétiques. Pour atteindre ces objectifs, il est utile d’inclure un/e diététicien/ne et l’entraîneur/-se sportif/-ve dans la prise en charge. Le pourcentage de prise de poids est le facteur le plus prédictif du retour des règles dans un délai qui peut être de plus de 12 mois.

Optimiser l’apport en calcium (1500 mg/jour) et en vitamine D (600-2000 UI/jour) est une part importante du traitement. Ces compléments diminuent le risque de fracture de stress. Avec l’adaptation des apports énergétiques et le retour d’un cycle menstruel régulier, une récupération de masse osseuse est possible chez ces athlètes. Néanmoins, certaines jeunes femmes conserveront une densité osseuse faible soulignant le besoin d’une intervention précoce auprès des athlètes adolescentes diagnostiquées avec une déficience de la triade.

De plus, il est nécessaire d’offrir une prise en charge psychologique. La souffrance psychique est à la fois une cause et une conséquence du RED-S et ces jeunes patientes subissent parfois des pressions psychologiques importantes de la part de l’entourage sportif ou familial.


Conclusion:


Des inconnues persistent quant aux complications à long terme du RED-S. Le défi pour l’adolescente et son entourage, tant sportif que médical, est de trouver l’équilibre entre la performance sportive et l’apport énergétique. Cela afin de minimiser le risque de carence ostrogénique dont le trouble du cycle est un signe d’appel.

Une évaluation multidisciplinaire impliquant un médecin généraliste ou pédiatre, un médecin du sport, un/e diététicien/ne, un psychologue et un gynécologue sensibilisés à cette problématique, ainsi que l’entraîneur sportif et la famille, est indispensable pour garantir une prise en charge individualisée permettant le développement harmonieux de l’adolescente, tout en conservant la pratique de son sport.


Nota Bene:

Nous évoquions ce sujet dans le podcast n°10 avec Émilio Sanchez. Nous parlions aussi dans ce podcast de la qualité des aliments et de ce qu’il serait souhaitable de manger autour des entraînements.


Source:

https://www.irbms.com/la-gynecologie-de-la-sportive/

https://www.revmed.ch/revue-medicale-suisse/2017/revue-medicale-suisse-580/amenorrhee-chez-l-adolescente-sportive-la-pointe-visible-de-l-iceberg

https://www.theragora.fr/rhumatologie--traumatologie/pratique-sportive-de-haut-niveau-chez-les-adolescentes--l-exemple-des-sports-d-apparence.html


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